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Marcel Ghigny

Né à Stockel (région bruxelloise), Marcel Ghigny a toujours été passionné d’écriture. Pour son plaisir d’abord. Nouvelles, courts romans, tout est bon pour sa plume. À trente ans, il se tourne vers le théâtre et écrit plusieurs pièces :

  • Le miroir magique (1986) qu’il met en scène.
  • Requiem pour une sorcière (1987) mise en scène par Jacques Lippe
  • Les quatre saisons d’Amélie Granjart (1990) mise en scène par Francine Malmendier
  • Lulu, cour et jardin (1994) mise en scène par Lucien Froidebise qui pour cette occasion, remonta sur scène après plus de vingt ans d’absence. Ce fut l’occasion pour lui de fêter ses soixante ans de théâtre. Cette pièce sera créée sous le chapiteau des Baladins du Miroir.

Spécialisé dans les techniques scénographiques, il a passé l’essentiel de sa carrière professionnelle dans le domaine du théâtre et de l’évènement. Si DeuS VulT n’est pas son premier roman, il est néanmoins le premier à être édité. Il consacre aujourd’hui son temps à sa famille, à l’écriture et à l’engagement citoyen.

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L'ange nu

Charles-Adel commande son troisième café lorsqu’elle apparaît. Elle s’approche, les mains blotties dans les poches de son trench-coat, le talon haut, le mollet galbé, la démarche rapide. Son sac en bandoulière se balance au rythme d’une démarche dynamique. L’image est belle, harmonieuse, moderne. Il repense alors à sa tante, celle qui habitait Marrakech. Pour qui modernité s’appliquait à ses talons aiguilles, sa robe courte et ses cheveux au vent. Tout est différent ici. Les couleurs, les oiseaux, la lumière. Mais pas la peur, la souffrance ou la faim. Elle passe devant lui. Elle porte son foulard bleu. Aujourd’hui, elle l’a noué sur la tête pour se protéger du vent froid. Il est d’un bleu tendre, bleu ciel. Le motif d’un oiseau se devine. Il est posé sur une barque, il est enlacé et heureux. Il l’a bien vu dimanche dernier. Il s’étalait sur ses épaules, baigné du soleil de mars et caressé par deux tresses. Un oiseau au regard tendre imprimé sur un pongé de soie.

Alan se lève et se dirige vers les escaliers. Il n’entend plus les questions de cet homme étrange. Mascotte le suit, sans broncher, sans s‘arrêter. Il connaît suffisamment son maître pour savoir qu’il n’est plus là, plus pour l’instant. Et lorsqu’ils arrivent devant l’épicerie, Alan s’arrête et s’assied sur le muret. Mascotte se couche, haletant. Son maître le caresse, d’une main lasse. Tu l’aimais, Juliette, pas vrai ? Le chien relève la tête. Moi aussi. Avant. Quand elle était encore un ange. Quand je cherchais encore ses ailes. Elle est belle. Il ne faut pas être un ange pour être belle ! Pas comme maman. Elle est belle autrement. Elle est belle comme une femme qu’on a envie de toucher. Elle est belle comme une femme inconnue. Comme les femmes des magazines, comme les femmes du cinéma.

Tu es un ange. Elle m’a d’abord répondu d’un sourire. C’est gentil de me dire ça. C’est le premier mot gentil que tu prononces depuis notre départ. Je voudrais voir tes ailes. Mes ailes ? Tu es un drôle de garçon toi. Tu veux voir mes ailes ? Elles ne doivent pas être grandes. Elle m’a regardé d’un air étrange. Elle avait un sourire au coin des lèvres. Alors, elle s’est retournée, elle a retiré sa chemise. Plus rien ne cachait sa peau bronzée. Elle n’avait pas d’ailes. Juste des omoplates saillantes et un dos marqué par une taille fine.

Juliette s’était placée entre les deux hommes. Elle avait posé sa tête sur l’épaule de Charles-Adel après avoir essayé de la poser chez Alan. Seul Mascotte semblait disposer du droit de toucher son maître en posant sa gueule sur ses genoux. Ils doivent parler fort tant la mer se fait entendre. Les vagues s’acharnent sur les rochers inertes. L’Éole semble jouer avec ce milieu qui l’a vu naître. Belle image, idyllique, sans failles et pourtant. Le dos de la chemise de Charles-Adel est humide, et le froid du soir le fait frissonner davantage. Celui de Juliette, très légèrement caché par un débardeur, laisse voir des épaules arrondies par une forme de lassitude et elles sont prises par instant de spasmes. Celui d’Alan est droit, raide, contenu. Et le soupir de Mascotte semble résumer une situation complexe et qui semble sans issue. Il y a la mer, il y a l’horizon et le seul lien possible entre les deux est le petit voilier qui tangue et semble être le seul à profiter du moment. Il faut partir.

Cléa : Un style abouti, élégant et littéraire… une atmosphère habilement dessinée.

Le fond

Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous. (Paul Eluard)

Côte d'Azur, 1957. La French Connection est en place. Marc Chagall et Jean Cocteau peignent des anges. Et Juliette de Chablis a disparu… La petite ville de Villefranche-sur-Mer devient le théâtre d'étranges va-et-vient. Dans ce décor, Charles-Adel et Alan, deux largués par la vie, n'auraient jamais dû se rencontrer. Mais l'enquête les enveloppe, les malmène, les menace et les obligera à unir leurs faiblesses…

Les thèmes abordés

  • La peur est le moteur, le mode de fonctionnement de la plupart d’entre nous. Nous n’en avons peut-être même pas conscience. La majorité de nos décisions sont prises en fonction de la peur d’une conséquence ou d’une résultante.
    Charles-Adel et Alan sont guidés par la peur. Le premier craint tout ce qui l’entoure, tous ces mondes inconnus face à sa seule référence, le lieu qui l'a vu naître. Et encore, lorsqu’il y est seul. Alan a peur de lui-même. De ces démons qui ruminent au fond de lui. Ce personnage m’a été fortement inspiré par Orion, personnage psychotique du roman « l’enfant bleu » d’Henry Bauchau.
  • L’ange, ou l’attente de protection, de spiritualité, mais qui permet aussi le monde imaginaire, la bulle. Pour Alan, l’ange est cet être surnaturel qu’il espère face à ses démons. Celui qui pourrait le rassurer, lui permettre de survivre dans son monde très fermé.
  • Le hasard, le destin, la destinée… Tous ces personnages n’auraient jamais dû se rencontrer. Ils sont issus de milieux que tout oppose, et pourtant, c’est leur rencontre qui leur apportera la force du changement.
  • L’art, la peinture en particulier au travers de Marc Chagall et Jean Cocteau.
  • La French Connection, la drogue et tous ses trafics.

Une époque…

Nice et ses environs, une Côte d’Azur qui fait rêver. Charles Trenet chante « Nationale 7 » (sorti en 1955). Tous les artistes s’y retrouvent : Matisse, Chagall, Cocteau, pour ne citer que ceux-là. C’est le royaume de la lumière, de la transparence de l’air, des couleurs. Les mimosas, la lavande, le laurier rose, la mer turquoise, tout concourt à faire de cette région de France le lieu où il faut être.

C’est la période du « tout est possible », l’humanité ne connaissait pas encore ses limites. Une société encore très rigide découvre ses premières poussées de liberté, Mai 69 se prépare… C’est aussi la guerre d’Algérie, la mise à jour des limites de la colonisation et le retour massif de pieds-noirs, ces Français qui n’avaient jamais connu que l’Afrique et qui débarquent dans la métropole sans trop savoir ce qu’ils vont y faire.

Ce qui se voit moins, c’est tout ce qui se trame en dessous de cette image d’Épinal : l’héroïne. Marseille est la plaque tournante de cette drogue vers le monde entier et particulièrement les États-Unis. Ce sont les « Guérini » qui dominent ce trafic, « les corses ». Au début des années 1950, le clan Guérini est devenu l'un des plus puissants d'Europe et sans doute le plus important que n’ait jamais connu le Milieu français. Ils dominent aussi le monde politique. Gaston Defferre, lié à l’un des frères durant la résistance, est élu maire de Marseille et les couvre. Le clan est au sommet de sa puissance, bénéficiant de solides appuis politiques et d'une impunité des plus utiles, n'oubliant pas de rendre des services en retour. Car leurs intérêts convergent, le clan Guérini aide le maire à maintenir l’ordre. Marseille serait incontrôlable sans ce coup de main. Ou coup de feu lorsqu’ils n’hésitent pas à tirer sur des manifestants communistes qui avaient commencé à saccager le quartier de l'Opéra. Bilan : un mort du côté des émeutiers et un non-lieu pour les gangsters. On prête même au clan une implication dans l'assassinat de Kennedy en novembre 1963. Antoine aurait recruté des tueurs à Marseille pour assassiner Kennedy pour le compte de la mafia américaine.

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